TVA et statut juridique d’un food truck : micro-entreprise ou société, ce qui change vraiment

Micro-entreprise, EURL ou SASU pour votre food truck ? Les taux de TVA qui s’appliquent à vos ventes (10 %, 5,5 %, 20 %), la franchise, les cotisations, et le piège de la TVA sur l’achat de la remorque.

RomainRomain BarreauFondateur de Food Truck Store · 6 min de lecture

Le statut juridique et la TVA sont les deux sujets qu’on remet toujours à plus tard, et les deux qui changent le plus votre résultat. Entre une micro-entreprise et une société, à chiffre d’affaires égal, l’écart de revenu net peut atteindre plusieurs centaines d’euros par mois, dans un sens ou dans l’autre selon votre situation. Ce guide vous donne les règles telles qu’elles s’appliquent à un food truck, avec les ordres de grandeur, pour que vous arriviez chez l’expert-comptable avec les bonnes questions.

TVA et statut juridique d’un food truck : micro-entreprise ou société, ce qui change vraiment
Romain, fondateur de Food Truck Store, tient le drapeau FTS

La TVA sur ce que vous vendez : trois taux selon la façon de consommer

La TVA ne dépend pas de ce que vous cuisinez, mais de la façon dont le client va consommer. Un plat servi pour être mangé tout de suite, sur place ou à emporter, est taxé à 10 % : c’est le cas de la quasi-totalité de vos ventes, burger, tacos, crêpe chaude, poke bowl. Un produit vendu pour être conservé et consommé plus tard, dans un emballage qui le permet, est taxé à 5,5 % : un pot de sauce, un pain, une part de gâteau emballée. Les boissons alcoolisées sont toujours à 20 %, sur place comme à emporter.

Concrètement, sur un burger vendu 12 € TTC, il reste 10,91 € HT ; la différence n’est pas à vous, elle transite par votre caisse. Un café à emporter est à 10 %, une bouteille d’eau fermée à 5,5 %, une bière à 20 %. Votre logiciel de caisse doit appliquer le bon taux par produit, et vos prix affichés sont toujours TTC. Quand vous construisez votre carte, raisonnez en hors taxes : c’est le HT qui paie vos charges et votre salaire.

  • 10 %de TVA sur les plats et boissons à consommer tout de suite, sur place ou à emporter
  • 5,5 %sur les produits vendus pour être conservés, dans un emballage adapté
  • 20 %sur toutes les boissons alcoolisées, quel que soit le mode de vente

La franchise de TVA : ne pas la facturer, mais ne pas la récupérer

En dessous d’un certain chiffre d’affaires annuel, vous pouvez bénéficier de la franchise en base de TVA : vous ne facturez pas de TVA à vos clients et vous n’en reversez pas. C’est le régime par défaut de la micro-entreprise, mais il est ouvert à toute entreprise sous le seuil. Le seuil dépend de votre activité et est révisé régulièrement ; vérifiez la valeur en vigueur sur service-public.fr avant de décider, car un projet de loi peut le modifier d’une année sur l’autre.

La franchise a un revers que beaucoup découvrent trop tard : si vous ne facturez pas de TVA, vous ne la récupérez pas non plus. La TVA que vous payez sur votre remorque, votre matériel, vos matières premières et votre carburant devient un coût définitif. Sur une remorque équipée, cela représente plusieurs milliers d’euros de TVA que vous ne reverrez jamais. À l’inverse, une entreprise assujettie récupère cette TVA dès sa première déclaration. C’est souvent ce seul point qui fait basculer le choix du statut.

Micro-entreprise : simple, et adaptée au démarrage

La micro-entreprise (le régime de l’auto-entrepreneur) est le statut le plus courant pour se lancer. Vous déclarez votre chiffre d’affaires chaque mois ou chaque trimestre, et vos cotisations sociales sont un pourcentage de ce chiffre : pour la vente de denrées à consommer sur place ou à emporter, le taux est de 12,3 %. Avec l’ACRE, accordée sous conditions aux créateurs, ce taux est réduit de moitié la première année. Pas de bilan, pas de comptabilité complexe, un livre des recettes suffit.

Le régime a deux limites. Un plafond de chiffre d’affaires, propre à la vente de marchandises, au-delà duquel vous basculez au régime réel l’année suivante : un food truck qui tourne bien s’en approche en deux ou trois ans. Et surtout, l’impossibilité de déduire vos charges réelles : vos cotisations et votre impôt sont calculés sur le chiffre d’affaires, pas sur le bénéfice, avec un abattement forfaitaire de 71 % pour la vente. Si vos charges réelles dépassent cet abattement, ce qui arrive avec une remorque financée et beaucoup de matières premières, la micro-entreprise vous coûte plus cher qu’une société.

EURL ou SASU : plus de gestion, plus de leviers

En société unipersonnelle, vous tenez une vraie comptabilité, avec un expert-comptable, et vous êtes imposé sur le bénéfice réel : toutes vos charges se déduisent, y compris l’amortissement ou les loyers de crédit-bail de la remorque, l’assurance, le carburant, la formation. Vous récupérez la TVA sur vos achats. Et vous choisissez ce que vous vous versez.

Le choix entre EURL et SASU se joue sur votre protection sociale et le coût des cotisations : le gérant d’EURL est travailleur non salarié, avec des cotisations plus faibles sur sa rémunération ; le président de SASU est assimilé salarié, mieux couvert mais avec des cotisations plus lourdes. Comptez quelques centaines d’euros par an d’expert-comptable et de frais de création. Dès que vous investissez dans une remorque neuve ou que vous visez plus qu’un revenu d’appoint, la société mérite un vrai calcul.

Le simulateur de business plan de la FTS Academy applique le bon taux de TVA à chaque ligne de votre carte, calcule vos cotisations en micro-entreprise (avec ou sans ACRE) et déduit vos charges réelles en société. Comparez les deux en changeant une seule case.

Comment choisir, en pratique

Si vous testez un concept en location pour une saison, avec peu de matériel et un chiffre d’affaires encore inconnu, la micro-entreprise est le bon point de départ : simple, réversible, peu coûteuse. Si vous achetez une remorque équipée, que vous financez du matériel, ou que vous prévoyez d’embaucher, la société l’emporte presque toujours grâce à la TVA récupérée et aux charges déductibles. Dans les deux cas, prenez rendez-vous avec un expert-comptable avant l’immatriculation, pas après : le statut se choisit à la création, et en changer coûte du temps et de l’argent.

Un dernier réflexe : quel que soit votre statut, ouvrez un compte bancaire dédié dès le premier jour, gardez chaque facture d’achat, et notez vos recettes chaque service. Ce sont ces documents qui vous protègent en cas de contrôle, et qui vous serviront de base pour le vrai business plan quand vous passerez à l’étape suivante.

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